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mardi 10 juillet 2007

TV sur mobile : Killer Application ou Killer Operator ?

La TV sur mobile, c’est certainement la killer Application… dont les opérateurs attendent encore le décollage. Ce retard de décollage s’explique par plusieurs facteurs, en premier lieu le prix. Cet aspect pourrait ne pas être problématique sauf que derrière cette question se cache un enjeu de taille : une lutte entre des acteurs et des technologies totalement incompatibles.


Alors, de fait, la question est très technologique avec deux visions qui s’affrontent. Mais ces questions de choix technologiques ont des implications fortes sur le potentiel de développement des usages de la télévision sur mobile, qui représente, selon les estimations de Accenture et IDC un marché de 30 milliards de dollars. Mais alors qu’est-ce qui freine cette killer app dont on nous répète qu’elle devrait décoller d’un instant à l’autre…. Au moins depuis 1 an.

Des opérateurs mobiles souhaitent conserver le monopole de la fourniture de contenus.
Si on revient à l’origine de la télévision, le facteur déterminant de l’explosion des usages, c’est le broadcasting, c’est-à-dire la possibilité de diffuser un même contenu vers uns multitude de spectateurs simultanément. De fait, ce type de diffusion repose sur le faible coût de diffusion/réception. C’est exactement le contraire de ce qui se passe avec la télévision sur mobile. Avec la 3G, technologie dont les licences ont été vendues à prix d’or ce qui explique la vacance de la 4ème licence disponible en France, les opérateurs disposent d’une technologie de diffusion point à point. Pour faire simple, l’antenne de l’opérateur adresse le signal spécifiquement à un utilisateur. La contrainte, et le frein à l’explosion de l’application TV, c’est que le réseau ne pourrait pas supporter un nombre illimité d’utilisateurs au même endroit (malgré l’effort de densification du réseau 3G entreprit par les opérateurs). Donc, la variable d’ajustement est le prix qui permet d’ajuster la demande à la (relativement faible) capacité du réseau. Pour les opérateurs, il est bon que l’usage se développe… mais pas trop non plus. L’avantage pour les opérateurs est évident : ils maîtrisent la diffusion qui passe par leurs tuyaux et la facture à prix premium.

Cette logique de protection d’une position de choix entre les contenus et les utilisateurs n’est pas une première. Nokia qui ne cesse de promouvoir les usages gratuits avait déjà rencontré quelques difficultés avec ses terminaux dotés de récepteurs radio FM que les opérateurs ne souhaitaient pas subventionner pour cause de cannibalisme. Chacun à sa place : les équipementiers équipent, les opérateurs fournissent réseaux et contenus.


Des acteurs qui poussent des technologies de broadcasting
Lorsqu’on analyse les raisons qui empêchent l’explosion de la TV sur mobile, le principal frein est le coût qui résulte d’un choix de facturation, mais surtout d’une technologie de diffusion très coûteuse employée par les opérateurs. Pourtant, la technologie qui transformera cette fonctionnalité en véritable Killer App existe bel et bien et c’est le DVB-H. Le DVB-H, c’est une technologie de broadcasting pour appareils mobiles, l’équivalant de la TNT mais pour des appareils nomades. Cette technologie ne vient pas d’apparaître : elle a été standardisée en Décembre 2004 par l’ETSI !


Qu’est ce qu’on attend ?
De l’issu du bras de fer entre les différentes parties prenantes du secteur dépend l’avenir de cette application. La nouvelle donne est loin d’être prévisible, les questions épineuses restent en suspend : Qui diffusera cette TV : les diffuseurs (Towercast, TDF…) ou les opérateurs ? Qui payera les terminaux : il est évident que le taux de pénétration des mobile est une fonction croissante du niveau de subvention accordé par les opérateurs, s’ils n’ont rien à gagner à subventionner des terminaux DVB-H, il y a peu de chance que les consommateurs ordinaires ne consentent à des investissements importants de ce coté là…

Une chaîne de valeur à définir
La TV sur mobile attend donc son modèle économique. Si la chaîne de valeur exclue les opérateurs, les terminaux ne pourront se démocratiser. Si on laisse la main aux opérateurs, le DVB-H mettra des siècles à s’imposer face à une 3G qui génère plus de revenus à court terme.

Le grand média qui se cache dans ma poche n’est définitivement pas prêt de remplacer ma bonne vieille télé…